jeudi, février 2

Guinée : la justice guinéenne au service de la politique et véritable problème de l’Etat de droit (Sékou Koundouno)

Depuis quelques temps, moult institutions et organismes nationaux, régionaux et internationaux de défense des droits de l’Homme, dénoncent et exigent la mise en liberté des acteurs de la société civile injustement détenus à la Maison Centrale de Conakry. Pour ces organisations, la démarche relève de leur mission régalienne, conformément aux traités et conventions auxquelles notre pays a souscrit librement en faveur du respect des droits de l’Homme. Et la grande coupable d’une telle dénonciation reste incontestablement la Justice. Elle aura ainsi donné la preuve que, dans ce genre de dossiers, elle ne peut pas agir de manière indépendante. Dans tous les cas, les citoyens observent déjà, très désemparés, cette triste réalité. Ces citoyens tiennent juste là donc une confirmation de leur amer constat.

Le pool d’avocats qui défend les deux leaders du FNDC injustement détenus, ont publié le 14 décembre 2022, un communiqué qui disqualifie le pourvoi en cassation du procureur du TPI de Dixinn, Algassimou Diallo, en complicité avec le Parquet général de Conakry dans le dossier des leaders du FNDC. On pourrait même penser à un crime de génocide, à un crime de guerre ou à un crime contre l’humanité commis par des défenseurs de droits de l’homme.

Dans leur communiqué, les avocats ont invoqué l’illégalité de la détention des leaders du FNDC, ainsi que celle du pourvoi en cassation du procureur du TPI de Dixinn. Il est important que l’opinion publique nationale et internationale aient connaissance de cette motivation, afin de constater comment certains magistrats déshonorent leurs robes à travers des décisions de justice scandaleuses.

Le Procureur Algassimou Diallo, homme de main du sulfureux ministre Charles Wright et instrument du CNRD en remplacement du populaire procureur du même Parquet Mr. Sydi Souleymane Ndiaye, continue de relever appel, en refusant systématiquement d’organiser un procès juste et équitable. Ce genre de décisions prouve à suffisance, que dans le contexte actuel, la justice qui devait être une solution est devenue un problème. Les différentes décisions prises contre des membres de l’opposition et de la société civile, pour ne citer que ces cas. constituent l’illustration la plus parfaite de l’assujettissement de la justice. Et dans tout ça, le procureur Algassimou Diallo ne pense guère à son serment, se montrant ainsi peu soucieux de son éthique et de son sacerdoce. Quitte à sacrifier sa jeune carrière. C’est à croire même qu’aujourd’hui, la justice est elle-même devenue une source d’insécurité pour les citoyens. Car, des magistrats déterminés à rester indépendants et neutres, donc à rester au service de la nation, ont été demis ou mutés à l’intérieur du pays.

Il est très malheureux que des magistrats se prêtent à un jeu aussi malsain, alors qu’ils ont juré d’exercer leur mission en âme et conscience.

La grande question que l’on se pose aujourd’hui, c’est de savoir quand est-ce que la Guinée aura véritablement une Justice indépendante, une justice au service de tout le monde, mais dont personne ne se sert à des fins politiques ou de règlements de comptes politiques. Malheureusement, notre Justice s’est toujours soumise au diktat des dirigeants du moment, qu’ils soient issus d’un coup d’État ou élus. En réalité, le véritable problème de la Guinée est sa Justice. Chaque dirigeant qui arrive au pouvoir en fait ce qu’il veut. Pas un seul magistrat ou un groupe de magistrats n’a levé le petit doigt un seul jour pour dénoncer la subordination dans laquelle se trouve l’appareil judiciaire. C’est à croire que les magistrats se plaisent eux-mêmes dans cette dépendance.

Ceux qui disent que le peuple guinéen est peu combatif, à l’opposé de certains autres peuples, lui font un mauvais procès.

Les Guinéens ont toujours fait preuve d’engagement. Mais, ils n’ont jamais bénéficié de la protection de leur justice en cas d’abus de la part de l’État. Les violences d’État sont toujours restées impunies. La Justice a une large part de responsabilité dans la situation actuelle de l’État.

Mais quoi qu’il en soit, le combat pour le véritable changement sera mené jusqu’à son terme. Il sera couronné de victoire. Et le réveil se produira inéluctablement. Inchallah!!!

SEKOU KOUNDOUNO RESPONSABLE DES STRATÉGIES ET PLANIFICATION DU FNDC

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