Soumaïla CISSÉ, figure éminente de la politique malienne décédé du Coronavirus

L’homme politique malien Soumaïla Cissé, emporté vendredi par le coronavirus, moins de trois mois après la fin de sa captivité aux mains de jihadistes, était une figure éminente de la politique et de l’histoire récente et tourmentée de son pays.

Décédé à 71 ans en France où il avait été évacué, selon sa famille et son parti, cet ancien chef de l’opposition parlementaire avait retrouvé les siens à Bamako le 8 octobre en compagnie de trois autres otages libérés à la suite d’un échange contre des détenus réclamés par les jihadistes, dont la Française Sophie Pétronin.

Soumaïla Cissé avait affirmé n’avoir « subi aucune violence, ni physique, ni verbale » pendant sa captivité mais décrivait une situation de très grand isolement depuis son enlèvement le 25 mars alors qu’il faisait campagne pour les élections législatives dans son fief de Niafounké (région de Tombouctou, nord-ouest du Mali).

Son enlèvement était devenu le symbole de l’impuissance de l’Etat face aux violences jihadistes et intercommunautaires et l’exigence de sa libération avait été l’un des mots d’ordre de la contestation de plusieurs mois contre le président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé par un putsch le 18 août.

Son atterrissage à Bamako, chèche sur la tête et masqué, après des mois de rumeurs échevelées alimentées par l’absence de revendication et une seule preuve publique de vie, lui avait conféré un statut de héros national.

D’aucuns le donnaient candidat à la prochaine élection présidentielle, qui doit clore en 2022 la transition dominée par les militaires, et à laquelle il apparaissait comme probable grand favori, après trois échecs.

Cet homme élégant, passant volontiers pour un intellectuel, débonnaire mais plus professoral que charismatique, avait derrière lui un parcours brillant.

Ingénieur-informaticien de formation, Soumaïla Cissé avait étudié au Sénégal et en France, travaillant dans de grands groupes tels qu’IBM, Péchiney ou Thomson.

Rentré en 1984, il intègre la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT), alors colonne vertébrale de l’économie. Soumaïla Cissé était alors considéré comme le chef d’un groupe d’intellectuels bien décidés à jouer un rôle politique.

  • « Pas de leçons de militantisme à recevoir » –

« J’ai milité très tôt. Je ne reste pas assis dans un bureau. Pour la démocratie au Mali en 1991, j’étais là », avait-il expliqué à l’AFP, en référence à la transition démocratique après les années de dictature post-indépendance.

Sous Alpha Oumar Konaré (1992-2002), il est nommé secrétaire général de la présidence, puis ministre des Finances (1993-2000) En 2000, il devient « super ministre », cumulant plusieurs postes.

En 2002, il brigue pour la première fois la présidence. Arrivé deuxième, il quitte le parti de son mentor d’alors Alpha Oumar Konaré et crée le sien: l’Union pour la république et la démocratie (URD), qui est depuis l’une des principales formations politiques maliennes.

Soumaïla Cissé était largement perçu comme un financier : après avoir tenu le maroquin des Finances dans plusieurs gouvernements successifs, il prend la tête entre 2004 et 2011 de la principale entité financière ouest-africaine, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Souvent accusé par ses adversaires politiques de ne pas être un homme de terrain, il répondait : « En 2012, lorsqu’un putsch a interrompu le processus démocratique, j’étais là aussi. Je n’ai pas de leçons de militantisme à recevoir de grand monde ».

Farouche opposant au putsch du 22 mars 2012 qui précipite la déroute de l’armée face aux rebelles indépendantiste et jihadistes dans le Nord, à l’origine de la crise que connaît le pays, il est brutalement arrêté par les hommes du capitaine Amadou Sanogo. Blessé, il va se faire soigner en France.

Candidat en 2013 puis en 2018, il s’était incliné à deux reprises face à Ibrahim Boubacar Keïta, dont il avait vivement et vainement contesté la réélection il y a deux ans, entachée de fraudes selon lui.

Dépêche Afp

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