Amadou Barry : « Le peuple de Guinée doit faire en sorte pour faire partir ce régime par tous les moyens légaux » (Interview)

Après l’élection présidentielle du 18 octobre dernier qui s’est déroulée globalement dans le calme, l’heure est aux constations, notamment dans les rangs de l’UFDG, principale formation politique de l’opposition guinéenne. Dans une interview qu’il a accordée à un journaliste de Guineerealite.info, le mercredi 28 octobre 2020, depuis New York, l’activiste politique et militant des droits de l’homme Amadou Barry a bien voulu nous partager sa lecture de la situation.

 Guineerealie.info : M. Amadou Barry, quelle lecture faites-vous du déroulement de l’élection présidentielle du 18 octobre dernier ?

Amadou Barry : « Avant tout d’abord, je voudrais présenter mes condoléances aux victimes et à leurs familles, à toute la République et souhaité prompt rétablissement à tous les blessés. Maintenant par rapport à votre question, je pense que beaucoup d’institutions nationales, sous régionales et internationales ont salué le déroulement global de cette élection, qui s’est déroulée dans la paix, car il n’y a pas eu d’incidents majeurs. Mais au-delà de cette observation, ces élections posent un problème. D’abord avant même l’organisation de ce scrutin, les partis qui se sont engagés savaient qu’ils partaient dans une élection où tout était préparé d’avance. Puisque les personnes qui ont dirigé les élections ne sont pas crédibles. Pour preuve, la CENI a donné des informations selon lesquelles ils ont reçu des instructions à ne pas communiquer les procès verbaux aux représentants des différents candidats dans les bureaux de vote. Voilà une situation qui a décrédibilisé davantage toute la procédure électorale ».

Selon vous, qui a donné ces instructions à la CENI ?

« Je dirais tout simplement que c’est le « terroriste » et instigateur de toutes les violences dont nos compatriotes sont en train de vivre au quotidien. Il s’agit de Monsieur Alpha Condé et personne d’autre ».

Avez-vous la preuve que c’est Alpha Condé qui a donné les instructions à la CENI de ne pas communiquer les procès verbaux ?

« Oui, nous disposons des preuves documentées. Alpha Condé est le numéro 1 quand même de la République, garant des institutions … Par conséquent il a le rôle régalien de maintenir et de construire la cohésion nationale et puis la stabilité. Qu’à cela ne tienne Monsieur Alpha Condé a toujours rencontré M. Kabinet Cissé, président de la CENI, dans les hôtels et dans des camps militaires pour lui intimer de suivre la trace de la précédente CENI qui était dirigée par le défunt Amadou Salif Kébé et la CENI parallèle domiciliée à la Villa 33. Ceci est un secret de polichinelle. Tous les Guinéens conscients et avertis sont au courant de l’existence de cette CENI d’Alpha Condé ».

Beaucoup de Guinéens sont morts dans les violences postélectorales. Certains analystes lient ces évènements à l’auto-proclamation de Cellou Dalein Diallo comme vainqueur du scrutin du 18 octobre dernier. Qu’en pensez-vous ?

« Ceux qui pensent que c’est Cellou Dalein Diallo qui serait à l’origine de cette tuerie de masse sont tout simplement animés de mauvaise foi. C’est tout à fait normal qu’un candidat convaincu de sa victoire et à la base des chiffres issus des bureaux de vote, se proclame. Sinon qui n’a pas vu ou entendu Alpha Condé alors candidat à l’élection présidentielle de 2010. Il s’est auto-proclamé avant même la CENI ne donne les résultats provisoires. Et ça n’a pas posé problème. Maintenant, en 2020, si un autre candidat qui n’est pas n’importe lequel dans le paysage politique guinéen, reprend les mêmes démarches on en fait un problème. C’est incompréhensible ! A mon avis ceux qui s’agitent là, devraient plutôt se poser la question de savoir est-ce que les informations de l’UFDG sont fiables pour s’autoproclamer ? ça c’est le travail quant même de tout un homme responsable, mais s’en prendre à quelqu’un seulement parce qu’il a pris un acte que vous vous saluez pas, je pense que c’est d’être animé de la mauvaise foi. Par rapport aux violences, nous constatons tout ce qui se passe dans le pays. Qu’est-ce que nous voyons ? Nous voyons des hommes encagoulés, armés, défoncer des maisons, tirer à balles réelles sur les populations qui sortent pour célébrer la victoire de leur candidat alors que de l’autre côté nous constatons les mêmes manifestations de joie, au niveau de la mouvance présidentielle mais ces personnes là ne sont ni inquiétées, ni séquestrées. Donc c’est pour vous dire que nous sommes dans une mesure à géométrie variable. Le camp de la dynamique du changement, on les traite de rebelles, on les traite de fauteurs de troubles etc. On utilise des armes contre ceux qui réclament le changement et ces armes sont achetées par le contribuable guinéen. IL faut que les guinéens acceptent de comprendre que nous avons un ennemi commun : c’est Monsieur Alpha Condé et son clan. Ce n’est pas un problème ethnique ou communautaire, rien de tout ça. Le problème c’est le peuple de Guinée et le régime d’Alpha Condé qui est d’ailleurs composé de toutes les ethnies ».

En l’état, le candidat de l’UFDG Cellou Dalein Diallo compte saisir la Cour constitutionnelle pour être rétabli dans ses « droit ». Quelles sont ces chances en saisissant cette institution ?

« Cellou Dalein ne va pas sortir victorieux au niveau de la Cour constitutionnelle. Aujourd’hui il n’y a aucune différence entre cette Cour et la CENI du RPG Arc-en-ciel qui déclaré Monsieur Alpha Condé victorieux dès le premier tour. La stratégie officielle de l’ANAD c’est de faire l’arbitrage des Nations-unies, de la CEDEAO, de l’Union africaine, de l’Union européenne et de l’Organisation internationale de la Francophonie mais malheureusement cette proposition est rejetée en bloc par la mouvance, par le RPG Arc-en-ciel par la voix d’Amadou Damaro Camara. C’est dire que cette décision vient du haut sommet, sinon comment ils peuvent refuser l’arbitrage. C’est à l’UFDG de rester constant et droit dans ses bottes. Par ailleurs parmi les commissaires qui ont travaillé de la centralisation jusqu’à la finalisation, certains se sont retirés notamment le patron du département juridique Monsieur Makanéra et lui, il ne représente pas un parti engagé dans le processus électoral, parce que nous connaissons que M. Sidya Touré a décidé, après consultation de ses militants et sympathisants, de ne pas participer à cette mascarade. Il y a la CENI de l’UFDG qui, elle aussi, a déclaré Cellou Dalein Diallo victorieux dès le premier tour. Voilà le problème qui se pose. Il y a deux CENI. Chaque camp a déclaré son candidat victorieux dès le premier tour. Il faut être honnête et responsable pour résoudre ce problème. Là, à mon avis il s’agira de trouver des personnes crédibles aux yeux de la population guinéenne pour départager les deux candidats. La CENI du RPG Arc-en-ciel a octroyé 59,49 % de suffrages à son candidat Monsieur Alpha Condé, cela n’engage qu’eux. Nous connaissons le président de la CENI qui il est. Nous connaissons le porte-parole de l’institution Mamadi 3 Kaba, quelle est la trajectoire qu’il a empruntée pour être parachuté à la CENI. On sait que ce Monsieur c’est un bras droit d’Amadou Damaro Camara, président de l’Assemblée nationale Covid-19. Donc les voix de ces personnes là ne sont pas du tout crédibles. On ne peut pas les écouter ».

A vous entendre, il existe une autre CENI qui ne soit pas celle qui a officiellement organisé les élections du 18 octobre 2020 ?

« Oui chaque parti politique, c’est-à-dire le RPG et l’UFDG, chacun a une CENI. Donc on a suivi la présentation de la Commission électorale de l’UFDG qui a clairement expliqué les éléments sur lesquels elle s’est basée pour déclarer victorieux son candidat Cellou Dalein Diallo avec 53, 84 %. Après cette démonstration de la Commission élection de l’UFDG via les réseaux sociaux, des hommes cagoulés ont débarqué dans le QG de l’UFDG pour saccager des matériels. Une attitude inacceptable en démocratie. Ce comportement justifie que c’est bien le candidat de l’UFDG qui a remporté ces élections, sinon en aucun cas le pouvoir ne peut s’empresser pour s’attaquer au siège d’un parti politique »

Avant de nous quitter, quel appel avez-vous à l’endroit de vos compatriotes ?

« Les Guinéens doivent comprendre une fois encore que cette situation qui perdure, le seul responsable c’est M. Alpha Condé. Donc il ne faudrait pas que les gens se fassent piéger par Alpha Condé car il veut détourner le sens et l’objectif du combat au profit d’une lutte communautaire ou ethnique. Non, la lutte n’est pas entre les ethnies ou entre les régions. La lutte qui est engagée est une lutte contre le système de Monsieur Alpha Condé et son clan. Donc, j’appelle tous les Guinéens soucieux de l’alternance et désireux de voir la dynamique du changement pour permettre à notre pays de se doter des institutions, des personnes responsables capables de traiter tous les Guinéens d’un même pied d’égalité. Ceci dit qu’on doit se battre pour confier la gestion de notre pays à quelqu’un qui travaillera pour l’intérêt de tous les guinéens. Raison de plus le peuple doit faire en sorte pour faire partir ce régime par tous les moyens légaux ».

Interview réalisée par Thierno Oumar Diawara / todiawara@guineerealite.info

L'équipe de Guinée Réalité attend vos messages dans les commentaires et sur redaction@guineerealite.info