Boubacar Barry du FND tacle, « si l’UFDG participe à cette élection présidentielle c’est que de facto, il reconnaît les législatives du 22 mars… » (Interview)

Le bilan des deux mandats d’Alpha Condé qui finissent officiellement en octobre prochain, la participation de l’opposition à la prochaine élection présidentielle en Guinée, le coup d’État au Mali voisin ainsi que la santé de son parti, ce sont les sujets dont il est question dans cet entretien que nous a accordé, Boubacar Barry, vice-président du Front national pour le développement (FND). Un parti dont le président n’est autre que l’ancien ministre de la communication, Alhousseïny Makanéra Kaké. Parti qui, par ailleurs, est membre de la Coalition démocratique pour le changement dans la continuité (CODECC, la Coalition qui accompagne la candidature d’Alpha Condé pour la présidentielle prochaine, ndlr)  

Lisez plutôt son interview !

Deux mandats à la tête du pays. Quel regard portez-vous sur le bilan du président Alpha Condé ?

« Je pense que le bilan du professeur Alpha Condé est appréciable. Parce que quand il prenait le pouvoir en 2011, pratiquement le pays était à terre : Les caisses de l’État étaient quasiment vides. Le PIB de la Guinée était à l’époque estimé environs à 6 milliards de dollars, aujourd’hui nous sommes à 15 milliards de dollars. Malgré la maladie Ebola qui a frappé le pays de plein fouet, les manifestations politiques et actuellement la pandémie de la maladie du nouveau coronavirus, le président Alpha Condé a pu quand même faire sortir le pays de l’ornière. Grace à son élection en décembre 2010, la Guinée a fait son retour sur l’échiquier international. Sinon le pays était complètement isolé. Le professeur Alpha Condé a également présidé l’Union africaine. Ça été un honneur pour nous les Guinéens avec toutes les réformes qu’il a opérées au sein de cette organisation africaine. Au sein de la CEDEAO, la Guinée a son mot à dire. Nos militaires participent activement aux opérations de maintien d’ordre sur le continent notamment au Mali. Tout cela fait partie de son bilan. Et puis, parlant de l’emploi, il faut reconnaître que le président de la République et son gouvernement ont créé plusieurs milliers d’emploi directs et indirects à travers des sociétés minières et autres (…) La seule chose qu’on peut certes déplorer, c’est la corruption contre laquelle il n’a pas pu lutter efficacement ».

Vous vous réjouissez du bilan du président Condé alors que c’est le contraire sur le terrain. La majorité des Guinéens aujourd’hui tirent le diable par la queue. Pourquoi cette différence de perception ?

« Vous parlez de la souffrance des Guinéens, mais vous savez que la crise économique est mondiale. Ce n’est pas seulement la Guinée qui est touchée. Je vous le disais tantôt, quand le président Alpha Condé prenait le pouvoir, écoutez, il n’y avait rien dans le pays. Sur le plan des infrastructures il y a eu d’énormes progrès. Même si le défi à relever en matière de développement reste grand. Mais il a fait ce qu’il pouvait. Donc, il a réussi là où beaucoup ont échoué ».

Au Mali, un coup d’État vient de renverser le président IBK. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

« Ce qui se passe au Mali n’est pas inédit. C’est un fait récurrent. Je pourrais même qualifier le Mali comme étant le foyer des coups d’État en Afrique. Si je ne m’abuse depuis 1960, ce pays voisin a toujours enregistré des coups de force. Ils ont renversé les présidents Modibo Keïta, Moussa Traoré, Amadou Toumany Touré et aujourd’hui c’est au tour d’Ibrahim Boubacar Keïta. Donc tout cela démontre que l’armée malienne n’est presque pas une armée républicaine. D’aucuns disent que le président IBK a démissionné de lui-même mais moi je dirais qu’il a été forcé. Ce n’est pas une bonne chose pour la démocratie. Et c’est pour cela d’ailleurs, nous condamnons une fois ce coup d’État au Mali ».

Et vous ne craignez pas que la situation malienne face tâche d’huile en Guinée avec tout ce qui se passe dans notre pays ?

« Non pas du tout. Vous savez le Mali et la Guinée, ce n’est pas pareil. D’abord le Mali est un pays divisé par les attaques terroristes : Il y a le nord et le sud. Au Mali les institutions ne fonctionnent pas. Rien ne va là-bas. Donc, ce qui s’est passé au Mali était inévitable. Et mieux, c’est l’ensemble du peuple malien qui s’est révolté contre le président IBK. En Guinée ce n’est pas le cas. C’est une partie de l’opposition qui veut coûte que coûte obtenir le pouvoir. Donc, on ne peut pas comparer le cas malien à celui de la Guinée. Chez nous, les institutions fonctionnent, il n’y a pas d’insécurité. Il est vrai qu’il y a la pauvreté mais ça va, le pays s’en sort mieux ».

Vous dites que les institutions guinéennes fonctionnent normalement, alors que l’actuelle Assemblée nationale ne fait pas l’unanimité. Elle est décriée par la majorité des Guinéens. Qu’en dites-vous Monsieur Barry ?

« Non attention ! C’est seulement certains partis de l’opposition qui avaient boycotté les législatives qui continuent de critiquer notre Assemblée. Cela veut dire que ces opposants regrettent aujourd’hui de n’avoir pas participé à ces élections. Laissez-moi vous dire notre Assemblée est reconnue par toutes les institutions internationales notamment l’Union européenne, l’Union africaine, la CEDEAO voire même les Nations-unies. Donc, si eux, ils refusent de reconnaître cette Assemblée, c’est bien leur droit. Je pense qu’ils vont attendre 2025 pour revenir à l’Assemblée nationale. Nous sommes 13 millions de Guinéens, ce n’est une minorité qui va paralyser le pays ».

Qu’est-ce qui vous fait dire que l’opposition regrette de n’avoir pas participé aux élections législatives ? 

« Vous voyez bien qu’aujourd’hui, l’UFDG est train de consulter sa base pour valider ou invalider sa participation à l’élection présidentielle du 18 octobre prochain en Guinée. Les sieurs Ousmane Kaba du parti PADES et Abdoul Kabelè Camara, tous membres du FNDC, ont décidé de participer à ce scrutin. C’est dire qu’ils ne veulent plus commettre cette erreur, c’est-à-dire le boycott des dernières législatives. Donc, si l’UFDG participe à cette élection présidentielle c’est que de facto, il reconnaît les législatives du 22 mars dernier par ricochet notre Assemblée nationale. Nonobstant, je pense que l’UFDG a intérêt à participer à cette élection. Vous savez, un parti politique qui ne participe pas aux échéances électorales n’en est pas un. Et pour mesurer le poids électoral d’un parti politique, il faut d’abord participer à toutes les élections ».

D’aucuns accusent la France de soutenir les présidents africains en exercice alors que IBK vient d’être renversé. Qu’en pensez-vous ?

« Moi je pense que c’est une insulte aux peuples africains. La France ne peut pas s’ingérer dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. Nous ne sommes plus dans les années 60 – 70. La France respecte la souveraineté du Mali. Le président Emmanuel Macron a clairement dit que la France ne va pas s’ingérer dans les affaires maliennes. Donc, il faut que nous les Africains nous sortions de ces faux débats. Arrêtons d’accuser la France ou les Etats-Unis. C’est à nous, peuples africains, de prendre toutes nos responsabilités ».

Monsieur Barry, comment se porte votre parti le Front national pour le développement (FND) ?

« Notre parti se porte très bien. Nous continuons à travailler. Bientôt, nous organiserons le congrès. Nous nous préparons aussi pour l’élection présidentielle étant un allié du parti au pouvoir (RPG Arc-en-ciel). Qu’à cela ne tienne, le FND a des députés à l’Assemblée nationale. Donc, le parti fonctionne et tout va bien ».

De gauche à droite: Boubacar Barry du FND et Benoît Hamon homme politique français

Entretien réalisé par Madiba Kaba / madibak@guineerealite.info

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