Souleymane Keita du RPG : « Le combat de ma génération consiste à bloquer systématiquement l’accession au pouvoir de Cellou Dalein Diallo » (INTERVIEW)

Dans une interview accordée ce lundi 27 juillet 2020 à notre reporter, le député du parti au pouvoir (RPG Arc-en-ciel), l’honorable Souleymane Keita se dit heureux d’appartenir à une Assemblée légitime et représentative, selon ses propres termes. Au cours de cette interview, plusieurs sujets brûlants de l’actualité nationale ont été passés au peigne fin notamment une éventuelle candidature de l’actuel Chef de l’État Alpha Condé qui fait l’objet de vives contestations.

Lisez plutôt son interview !

Êtes-vous fier d’appartenir à une Assemblée nationale qui est l’émanation d’un seul des partis politiques ?

« (…) Je rectifie d’abord, l’Assemblée nationale n’est pas une Assemblée monocolore comme on peut le prétendre, c’est d’ailleurs le cas chez les partis politiques d’opposition notamment les deux principaux partis : UFDG et UFR que je pourrais qualifier d’opposition radicale aussi. Mais il y a trente (30)  partis politiques qui ont participé à ces élections. Alors le RPG a certes la majorité des deux tiers mais vous avez une trentaine de députés qui ne sont pas du RPG Arc-en-ciel et qui sont issus des partis d’opposition quoi que ils ne représentent pas une proportion importante mais là n’est pas le problème. Je suis très fier d’appartenir à cette Assemblée en tant que jeune mais aussi en tant que acteur politique, nous on est fier. Ce qui importe nous sommes une Assemblée légitime et véritablement représentative du peuple de Guinée et conséquemment les prérogatives que la constitution nous reconnaît nous allons les exercer sans complaisance ».

Est-ce que le parti au pouvoir préfère aller à la prochaine élection présidentielle sans les grands partis comme l’UFDG et l’UFR ?

« Est-ce que vous pensez que l’UFR et l’UFDG représentent  quelque chose ? »

Je vous renvoie la question Monsieur Keita.

« Alors le problème aujourd’hui vous ne pouvez pas l’évaluer que sur la base d’un processus électoral récent. Les statistiques que nous avons datent de 2015 et nous sommes en 2020. Grands partis ? Encore une fois je reste dubitatif en attendant l’issue de l’élection présidentielle. C’est vrai que l’UFDG reste un parti dominant, moi je ne suis pas contre ça. Maintenant est-ce que nous allons aux élections sans les partis X ou Y ? Là n’est pas la question nous travaillons à ce que les conditions d’organisation d’une élection crédible, transparente, légale soient créées dans cet environnement chacun est libre de participer ou non mais il n’est pas de notre devoir d’aller à un parti pour dire pardon venez on va aller aux élections ».

Alpha Condé sera t’il candidat à sa propre succession. Si oui, pourquoi ?

« (…) Pour le moment je ne sais pas. Ce qui reste évident comme vous avez pu le constater les semaines passées nous avons organisé les conventions régionales et préfectorales, si tout va bien le 05 Août prochain nous allons organiser la convention nationale et c’est à cette convention nationale que le RPG Arc-en-ciel avec l’ensemble de ses alliés vont choisir le candidat mais le professeur Alpha Condé reste et demeure le candidat naturel du parti, c’est clair, si vous voulez le candidat  spirituel de notre parti. Au-delà du fait qu’il a marqué d’une empreinte indélébile le processus politique de démocratisation de notre pays, c’est l’homme qui a crée ce parti, l’a entretenu pendant les moments les plus difficiles. Ceux qui crient aujourd’hui dans l’opposition étaient aux affaires en ce moment quand le professeur Alpha Condé menait cette lutte, donc c’est notre candidat. Et aujourd’hui comme vous l’avez constaté presque toutes les conventions au niveau régional ont réitéré que pour le moment nous n’avons pas d’autre choix que le prof Alpha Condé ».

Visiblement le RPG Arc-en-ciel n’a aucun autre candidat potentiel à part Alpha Condé qui, de surcroît est frappé par la vieillesse (82 ans) ? 

« D’abord il ne se présente pas pour la 3ème fois. Nous sommes dans un nouvel ordre institutionnel avec la constitution issue des élections du 22 mars mais également le débat pour moi c’est qu’est-ce que nous voulons pour la Guinée dans les années à venir. En 2010, le prof Alpha Condé est arrivé dans un contexte extrêmement difficile. Un pays qui sortait de vingt-six (26) ans de régime militaire avec toutes les conséquences que vous connaissez, deux (2) ans de transition militaire catastrophique avec des militaires très enthousiastes mais malheureusement qui n’avaient pas toute la compréhension nécessaire du fonctionnement d’un Etat. Alors c’était un pays où tu avais tout en priorité, il fallait être d’un certain leadership pour pouvoir tenir le flambeau et éviter qu’on ne sombre. Pour nous donc, le prof Alpha Condé reste une garantie pour la continuité des grands chantiers que nous avons ouvert. Avec le prof Alpha Condé nous sommes rassurés de se débarrasser de cette opposition corrompue ».

A vous entendre, votre combat ne serait-il pas en quelque sorte d’empêcher ces grands leaders d’accéder au pouvoir ?

« En réalité le combat de ma génération aujourd’hui consiste à bloquer systématiquement l’accession au pouvoir des anciens fossoyeurs de la République et au premier plan Cellou Dalein Diallo ».

Pourtant vous avez au sein de votre Administration des anciens collaborateurs du président Conté que vous dénigrer autant, ne sont-ils pas eux-aussi des prédateurs ?

« Un État c’est un système. La Guinée est un pays qui a besoin de la contribution de toutes ses filles et de tous ses fils. Nous avons récusé le système Conté avec tous les cadres qui l’ont suivi. En fait c’était pas Conté en tant que tel, c’est un problème de système. Le système était entretenu par des hommes, ces hommes ils sont des guinéens ce n’est pas parce qu’ils ont participé à un système qu’ils seront rejetés, mais s’ils ont décidé de participer à un gouvernement selon la vision du professeur Alpha Condé bien entendu, ils sont les bienvenus. Nous jeunes générations montante notre souhait aujourd’hui est que avec le prof Alpha Condé que nous arrivions à faire de cette rupture une chance pour la nouvelle génération qui aura appris à ses côtés et qui va s’engager de manière patriotique à continuer le travail du prof Alpha Condé ».

Aujourd’hui le parti présidentiel est décrié même dans ses fiefs, à l’origine des promesses non tenues, a-t-on appris.  Quelle lecture faites-vous de cette situation « humiliante », Monsieur Keita ?

« Pour moi tout parti politique a un fief. Le RPG Arc-en-ciel naturellement c’est la Haute Guinée et la Guinée Forestière. Le fief cependant, lorsque vous avez la chance de gouverner un Etat le développement il est global, il est intégral, il n’est pas régional, il n’est pas préfectoral, il n’est non plus communautaire. La Guinée a besoin de changer à tous les niveaux et sur tous les plans. Donc ça fait qu’aujourd’hui que ceux qui sont censés ou supposés être les fiefs traditionnels du parti se disent, nous on a pas été pris en compte parce que il y a eu ça et ça mais la Guinée c’est de Conakry à Yomou, c’est du nord au sud. On analyse pas en terme de fief, on analyse en terme de défis, de progrès. Aujourd’hui beaucoup de choses ont été faites. Kankan est une grande zone urbaine, aujourd’hui ça travaille pour que nous puissions réaliser les infrastructures, améliorer la déserte en électricité etc. Mais le problème n’est pas là. Ce que je veux vous dire c’est que le développement est global et progressivement on arrivera ».

Beaucoup de guinéens se plaignent de la gouvernance de l’Administration Condé. Pensez-vous qu’avec une élection crédible le candidat du RPG ou du moins Alpha Condé pourrait bénéficier d’une nouvelle confiance du peuple fatigué qui tire le diable par la queue depuis 10 ans ?

« Le guinéen voit le changement, il vit le changement et ceux qui sont de bonne foi savent que c’est vrai il y a de nombreux défis à relever mais il y a du progrès qui se fait de manière sereine mais surtout de manière structurelle. Donc dire que si le prof Alpha Condé peut être réélu face à cette opposition mais on va sortir dix (10) fois on va les battre dix (10) fois, parce que le peuple ne leur fait plus confiance ».

Avant de nous quitter, quel message avez-vous pour vos concitoyens ?

« Au-delà de la politique, la Guinée nous appartient. Tous les hommes politiques doivent avoir de la responsabilité. C’est légitime que de prétendre diriger ta nation si Dieu vous donne la chance c’est une consécration extraordinaire mais en le faisant vous respectez un certain nombre d’éthique, de morale et de responsabilité mais surtout de patriotisme et comprendre que votre action doit permettre à votre nation de s’épanouir et pas le contraire ». 

Entretien réalisé par Madiba Kaba / madibak@guineerealite.info

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