Tierno Monénembo pleure la mort de Kadé Diawara, « Adieu, grande dame, que Dieu vous reçoive en son paradis ! »

Je ne sais pas si les jeunes d’aujourd’hui savent qui c’était. Pour ceux de ma génération (qui dans les années 60, allaient sur leurs 13 ans-14-15 ans), Kadé Diawara était une fée, un monument du répertoire guinéen.

Pour nous, deux voix résonnaient alors au firmament de notre musique : Kouyaté Sory Kandia, et Kadé Diawara. Un duo mythique, un couple uni par l’amour du pays et par la passion de la mélodie. Deux voix exceptionnelles qui, chacune dans son registre, s’imposait d’un bout à l’autre du continent.

Citez-moi un seul chanteur africain que l’on peut comparer à Kandia ! Je n’en vois pas. Citez-moi une seule chanteuse qui peut atteindre le talent et la virtuosité de Kadé Diawara ! Myriam Makeba, peut-être.

C’est au cinéma Vox de N’Zérékoré (où je fréquentais le collège) que pour la première fois mes oreilles se sont heurtées à cette voix exceptionnelle Quand, sur le chemin, j’entendais fuser Miniamba, j’accélérais aussitôt le pas, cela voulait dire que le film allait commencer.

Ce fut cela mon enfance à N’zérékoré : Miniamba, cette chanson au goût de miel, les mandarines de Dorota, l’ananas de Samoé, les grognements des porcs de Kouïtéyaplou, la forêt de Gbangana et ses arbres de 60 mètres de hauteur !

Autant de souvenirs savoureux et impérissables qui structurent mon être et guident et guideront à jamais mes pas.

Kadé Diawara s’en va comme tant d’autres valeureux guinéens, c’est-à-dire dans l’anonymat et dans le dénuement. C’est comme ça dans notre satanée Guinée où tout va à l’envers : les fripouilles au sommet ; les prodiges, au fond de la gadoue !

Adieu, grande dame, que Dieu vous reçoive en son paradis !

Tierno Monénembo

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