Covid-19 à New York : plusieurs guinéens décédés, Abdoul Diallo dévoile le programme d’assistance humanitaire des organisations locales (Interview)

A la date du mercredi 22 avril 2020, lépidémie du nouveau coronavirus (Covid-19) a fait 177 800 morts à travers le monde, selon les chiffres de l’OMS. Décidément,  la maladie a changé  de camp, après Wuhan en Chine, l’épicentre de la maladie, l’Italie, l’Espagne, c’est les Etats-Unis qui battent  le record en terme de décès  avec 44 845  personnes tuées. Et l’État de New York est le plus touché par cette épidémie où plusieurs dizaines de guinéens sont décédés. 

Pour en parler, nous avons joint au  téléphone Monsieur Diallo Abdoul, président de Action Guinea et ancien président de  la GUICA NY-NJ-CT,  vivant à New York, plus précisément dans le Bronx. Dans cette interview, il nous parle entre autres des actions que la communauté guinéenne est entrain de mener pendant cette crise sanitaire mondiale en faveur de ses compatriotes en terme d’assistance humanitaire. 

Lire ci-dessous son interview !

La maladie du nouveau coronavirus (Covid-19) a emporté beaucoup de guinéens, a-t-on appris.  Comment vous vivez cette situation ?

« J’avoue que nous traversons une période extrêmement difficile, très dure pour la communauté guinéenne, parce que nous avons enregistré beaucoup de victimes du nouveau coronavirus :  des décès, des familles confinées et d’autres malades alités dans les hôpitaux. A date, nous avons enregistré une trentaine de morts,  voire plus,  au sein de la communauté guinéenne, uniquement dans l’État de New York et peut être dans les autres Etats, nous  avons 5 à 6 décès. Et ce ne  sont que des chiffres officiels, car il y a d’autres décès qu’on a pas pu enregistrer, par manque d’information. Parmi ces personnes, il y en a  qui n’ont pas de  familles  ici,  elles vivent seules. C’est très difficile pour nous d’avoir des informations sur ces personnes là, surtout avec le confinement que nous vivons actuellement. Dans l’État de New York, la procédure est  que quand une personne meurt, ses parents ou ses proches ont un délai de  deux semaines  pour récupérer le corps, sinon le gouvernement Fédéral va procéder à l’enterrement. Donc la situation est un peu délicate mais nous les leaders de la communauté sommes entrain de nous battre en fonction de nos moyens pour essayer d’aider nos compatriotes, à travers des sensibilisations et surtout récupérer des corps pour les enterrer dignement, selon notre religion. On assiste aussi des familles qui  ne  travaillent pas, en terme de nourriture  notamment. Vous conviendrez avec moi que ce virus a fondamentalement changé notre quotidien ici aux États-Unis. »

l’heure du confinement comment vous organisez-vous au sein de la communauté pour faire face à cette situation ?

« Écoutez ! Nous le faisons à l’aide des appels téléphoniques qui est devenu un  moyen  indispensable de nos jours, qu’on ne peut pas s’en passer  d’ailleurs.  En cas de décès, on fait des salutations au téléphone via des conférences Call, pour éviter les déplacements. Avec toutes les restrictions, nous désignons 10 à 15 personnes pour assister à l’enterrement au nom de toute la communauté. Ces personnes sont reparties comme suit : 5 de la famille du défunt, 5 de la communauté et 5 issues des amis du défunt. A l’enterrement aussi, nous respectons la distanciation sociale. Voilà comment nous sommes  entrain de gérer ce volet. »

Vous parliez d’aides. Par quel moyen vous acheminez ces aides aux ayants droit alors que tout le monde est confiné ?

« C’est très dur. Les organisations locales qui sont sur place, sont entrain de faire des levées de fonds : par sous-préfecture, par dons  personnels etc. Puisque les enterrements ici sont coûteux. Les frais d’un enterrement varient entre 4.000 et 5.000 $. Si la famille du défunt n’a pas les moyens, c’est la communauté qui prend en charge les frais. Pour l’occasion, Le Futa; le Manding; la Basse côte et la Forêt ont  mis en place,  chacun,  des organisations dénommées « Covid-19.»  Il y a aussi un fond mis en place par l’État de New York qui te permet de faire une demande d’assistance pour l’enterrement jusqu’à un certain niveau mais vu l’évolution de la situation, parce que tu ne peux pas garder les corps longtemps, donc on est obligé de procéder aux enterrements  le plutôt possible  avec les fonds propres de la communauté et puis plus tard la famille  pourra  voir avec l’État de New York s’il peut rembourser une partie des dépenses qui ont été faites. »

Face à toutes ces difficultés d’ordre financier, est-ce que vous bénéficiez de l’aide du gouvernement guinéen à travers l’Ambassade   basée à Washington DC  ?

« A ce que je sache,  tout ce qui concerne  des  aide s  financière s  ou logistique s,  je n’ai rien vu  pour le moment.  Mais par contre l’Ambassadeur Monsieur Kerfala Yansané a fait un appel synchronisé, je crois, c’était  en début de  la  semaine, pour prodiguer  des conseils et présenter  les condoléances aux familles éplorées. Le consul de New York quand même est fortement impliqué. Récemment, il nous a tous réunis via  une  conférence Call, pour voir comment la communauté guinéenne dans son ensemble,  peut venir en aide aux différentes organisations qui sont entrain de se battre pour pouvoir enterrer dignement nos compatriotes décédés  et autres, vu que les moyens  sont limités. »

L’après-crise sanitaire mondiale. Qu’est-ce que vous envisagez pour les compatriotes qui ont perdu leurs emplois, on parle de plus de 20 millions d’américains étant dans cette situation ?

« Effectivement, nous sommes entrain de préparer cette aide. La Commission Futa Covid-19, par exemple assiste pour les enterrements. Il y a beaucoup d’autres organisations aussi notamment Action Guinea dont je suis  le  président et Guinean Succeeding In América aussi. Nous sommes entrain de travailler dans ce sens actuellement. Pas seulement pour les enterrements. Il y a des parents qui sont à la maison, ils ne travaillent pas. Ils ne peuvent pas payer  leurs  loyers,  ils n’ont pas à manger. Je vous donne un exemple,  Action Guinea et  AFAG  (Association des Frères et Amis de Guinée), nous avions monté un processus  où nous assistons ceux qui ne travaillent pas, à appliquer pour le  unemployment  Services.  En fait, unemployment  Services, c’est  une Assurance pour les gens qualifiés qui ont perdu leur boulot  et cette fois-ci le gouvernement américain a fait une exception, c’est-à-dire, même des personnes qui travaillent pour elles-mêmes  (entrepreneurs) peuvent en bénéficier. Donc, ça fait que, heureusement pour nous, beaucoup de nos membres peuvent appliquer, c’est-à-dire en solliciter.  Ils peuvent avoir un montant chaque semaine jusqu’à ce qu’ils  trouvent du boulot. Monsieur Diawara, vous, vous connaissez New York (…) Nous assistons également ceux qui détiennent des small shops, c’est-à-dire des petites boutiques. Nous les aidons à appliquer pour le programme que le gouvernement Fédéral a mis en place pour assister des business. C’est un prêt qu’on accorde aux entrepreneurs  pour qu’ils puissent relancer leurs activités, payer leurs employés ou payer leurs loyers. C’est un prêt qui est excusable, c’est-à-dire si toutefois, à la fin,  le gouvernement Fédéral de New York constate  que tu as utilisé tous les fonds pour les raisons cités ci-dessus, c’est possible qu’on t’offre finalement le prêt.  Toujours dans le cadre de notre programme d’assistance,  hier mercredi 22 avril,  le Guinean Succeeding In América a fait ce qu’on appelle le Food Drive (Aides  Alimentaires)  à la  Mosquée  Futa Islamic Center, située dans le Bronx dans l’État de New York, des dons alimentaires  pour  au moins  400 familles. Autres assistances que  nous  apportons, certes, vous savez que  les cours sont  désormais  dispensés en ligne.  En tout cas, depuis le début de l’apparition de cette maladie.  Et il y a beaucoup de nos parents qui  ne maîtrisent pas  l’outil informatique, donc à ce niveau, nous avons mis des jeunes à leur  disposition, en cas de besoin  ils peuvent joindre ces jeunes  par téléphone, bien entendu, pour qu’ils viennent assister leurs enfants à domicile. Honnêtement parlant, les leaders de la communauté se sont levés  comme un seul homme  pour aider ceux qui sont das le besoin.  Et je pense que c’est notre devoir.  »

Face à toutes ces charges entraînées par cette pandémie mondiale, est-ce que ne vous sentez-vous pas abandonnez par le gouvernement guinéen ?

« Écoutez ! On a appris à ne pas compter sur eux. Donc tu te sens abandonné c’est lorsque tu comptais sur quelqu’un. Au contraire, bien que New York soit beaucoup plus affecté  par la maladie en ce moment mais nous, on se soucie plutôt pour la Guinée où il y a une négligence totale de cette maladie. Parce que nous suspectons qu’il y a beaucoup plus de cas positifs, il y a beaucoup plus de personnes qui  sont  entrain de  mourir et que les mesures ne sont pas adéquates là-bas pour supporter. Donc si toutefois, on ne voit pas des actions en Guinée (…) Honnêtement,  comme on le dit  on s’attend à rien  de nos autorités.  Mais si elles décident de nous venir en aide, tant mieux. En attendant, nous à notre niveau, nous sommes entrain de nous battre pour pouvoir traverser cette période difficile.»

Quel message avez-vous pour vos compatriotes vivant sur le sol américain et en Guinée,  particulièrement ?

« Il faut absolument qu’on respecte les mesures barrières pour limiter au maximum la propagation de ce virus qui continue d’endeuiller des milliers de familles à travers le monde. Aujourd’hui, on est à plus de 177 000 morts dans le monde.  Mon Association, Action Guinea et AFAG (Association des Frères et Amis de Guinée) avons réalisé des spots vidéos pour sensibiliser davantage nos compatriotes sur le danger de cette maladie; à appliquer les mesures d’hygiène. Il faut que les gens prennent cette épidémie de coronavirus  très  au sérieux. Il faut que les gens acceptent de limiter leur déplacement, surtout pour rendre visite à un patient ou se rendre aux maisons mortuaires pour présenter les condoléances. En  cas de contamination, tu gardes le virus pendant deux semaines et tu exposes ainsi ta famille. Utilisons les téléphones. Faisons toutes les bénédictions au téléphone. Coronavirus n’est pas une blague, contrairement à ce que  certains de nos compatriotes pensent encore. Je sais qu’il y a de la réticence. Pardon, respectons tous  ces  consignes  pour notre santé, pour notre vie et pour celle de notre famille.  Que Dieu nous protège tous contre cette maladie. Je  vous remercie.»

Interview réalisée par Diawara Thierno Oumar / todiawara@guineerealite.info

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