Célébration de la fête internationale des droits de la femme : Aminata Tounkara dénonce les failles et autres ratés du 8 mars à Conakry (Interview)

Dans une interview qu’elle a bien voulu nous accorder,  lundi, 9 mars 2020, à son bureau, situé dans le quartier Taouyah dans la commune de Ratoma à Conakry, Aminata  Tounkara, la coordinatrice médias de l’ONG Search For Comon Ground et cheffe de projets est largement revenue sur les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes guinéennes au quotidien.  

Du mariage précoce, aux violences basées sur le genre, la coordinatrice médias de l’ONG SFCG a vigoureusement dénoncé le phénomène tout en déplorant le thème choisi pour célébrer le 8 mars en Guinée qui, selon elle, est en contradiction avec l’actualité.

Lire ci-dessous son interview !

L’humanité a célébré le 8 mars, la journée internationale des droits de la femme. En tant que femme leader, qu’est-ce que cette date historique représente pour vous ? 

« Cette date est très représentative. Je me dit que avant même que je sois née cette date existait, donc la célébrer, c’est vraiment un honneur et Dieu nous a donnés la chance de participer à cette fête du 8 mars. Et, je me suis dit également que c’est un devoir pour nous de participer activement à la célébration de cette date. » 

En Guinée, il y a une recrudescence des violences basées sur le genre notamment le viol; les violences physiques et morales; l’excision; le mariage précoce pour ne citer que ceux-là. Selon vous, ces pratiques sont dues  à quoi ?

« Je ne parlerais pas de manque d’éducation mais plutôt d’un manque de respect de nos différentes lois, parce qu’aujourd’hui quand vous regardez la justice si celle-là jouait véritablement son rôle, il y aurait pas assez de violences basées sur le genre. Mais s’il y a eu recrudescence comme vous l’avez dit au niveau  de ces pratiques ignobles,  c’est parce que quelque part la justice ne joue pas bien son rôle et je ferais un lien avec le thème actuel choisi pour la célébration de la journée internationale des droits de la femme pour dire une fois encore que ce thème ne colle pas à nos réalités en tant que femme guinéenne ou africaine. Parce que aujourd’hui quand vous regardez tous les problèmes que nous avons, nous femmes, vous regardez le fond du thème qui a été choisi vous comprendrez qu’il y a un grand décalage ? et aujourd’hui on se dit quand même si cette fête a été célébrée, on se demande qu’elle est la suite ? Est-ce que du fait d’avoir danser, sauter hier au niveau du palais du peuple ? Est-ce que cela aujourd’hui, on peut dire que nos problèmes sont résolus ? Est-ce que les problèmes de la femme sont résolus ? C’est la grosse question que moi je me pose. Et quand vous regardez tout ce qui est entrain de se passer dans notre pays, vous allez vous rendre compte des difficultés que les femmes rencontrent aujourd’hui et le manque d’attention au niveau de ces différentes femmes. » 

Dans le gouvernement actuel seulement quatre femmes sur  trente sept ministres occupent de hautes fonctions, ce qui explique que la solution à la parité et à  l’équité est loin d’être gagnée.  Est-ce par manque de professionnalisme des femmes ? Ou simple question d’humeur ? 

« La représentativité est très minime, il faut le reconnaître et moi je dis que ce n’est pas par  manque de compétence aussi de ces femmes. Les femmes guinéennes sont très compétentes mais il faut reconnaître qu’elles manquent d’audace, la femme guinéenne manque d’audace parce qu’elle se dit si les hommes se battent qu’est-ce que moi je pourrais faire ? Mais on peut beaucoup faire quatre (4) femmes sur trente sept (37), pour moi c’est très léger. Et c’est une des questions normalement qu’on devait aussi toucher lors de cette célébration de la journée internationale de la femme. Parler de notre représentativité au niveau des instances de prise de décision, ça c’est un deuxième fait. Nous sommes dans un processus électoral dans lequel le code électoral ne prévoit que 30% pour nous femmes mais c’est quand même peu, mieux vaut se battre pour avoir 50 – 50, parce que les hommes et nous, nous jouons pratiquement le même rôle. Quand un homme est président de la République, une femme est présidente de la République mais les prérogatives restent les mêmes. Pourquoi ne pas accepter que cela ne soit aussi de façon équitable ? Que les femmes soient à  50 et les hommes à 50 ? Et c’est ce que je n’ai pas vu dans la célébration de cette fête internationale des droits de la femme ici en Guinée. Et le thème également colle mais aux autres pays qui sont très avancés dans le développement, dans la démocratie et nous personnellement ici en Guinée, nous n’avons pas encore atteint ce niveau. Donc je déplore encore le fait que ce thème ne colle pas avec nos réalités et voilà  une des raisons parce que hier aucune femme n’a parlé d’élections alors que nous sommes dans un processus électoral. Elles devaient pourtant œuvrer pour que cela soit pris en compte et que les femmes soient mieux représentées au niveau des instances de prise de décision et qu’elles soient aussi prises en compte dans le processus électoral en cours dans notre pays. » 

Quelle solution proposeriez-vous pour éradiquer ces pratiques qui entravent l’épanouissement de la femme ?

« La solution est tout simple, il faut que la justice joue sont rôle. Les femmes, c’est vrai nous devons tout simplement nous battre pour l’éducation de la jeune fille, parce que aujourd’hui quand vous regardez l’impact des réseaux sociaux, l’impact de tout ce  que les jeunes filles sont entrain de regarder au niveau de la télévision vous vous rendrez compte qu’aujourd’hui l’éducation n’est pas seulement qu’au  niveau des familles, elle est élargie. Aujourd’hui que tu sois avec ta fille ou pas elle fera ce qu’elle veut. C’est  ce qu’il faut éviter. Nous femmes, nous devons vraiment nous battre pour assurer une éducation correcte à nos enfants. Mais il faut une prise de conscience aussi au niveau des jeunes filles. Quoi qu’il en soit l’éducation doit être de mise. elles doivent savoir ce qui est bon pour elles et ce qui  ne l’est pas. Il faut également que les hommes aussi acceptent de collaborer avec les filles pour leur éducation. Au-delà de la justice, cela pourrait éviter le viol, tout ce qui est de violences basées sur le genre que nous avons connues dans le passé. J’ai écouté hier un rapport qui fait état de 300 et quelques cas de viols dans notre pays mais ça c’est trop, c’est énorme et c’est vraiment regrettable que cela se passe dans un pays qui se veut démocratique et dans un pays qui, normalement se bat pour le respect des droits de la femme, c’est vraiment inacceptable. Aujourd’hui on entend parler de trois cas de viols par jour c’est vraiment regrettable et parce que ceux qui sont arrêtés sont par après libérés. Il n’y a aucune condamnation et même s’il y en a, on entend parler d’eux dans un autre pays ou en tout cas ils quittent carrément la capitale pour aller s’installer à  l’intérieur du pays. Voilà là où la justice doit intervenir et jouer véritablement son rôle et si les prisons sont pleines, mieux vaut chercher à en construire mais que chacun quand même soit jugé à la hauteur de sa forfaitaire. »

Pour conclure, quel message avez-vous à l’endroit de la femme  ?   

« Je voudrais quand même interpeller les organisateurs de la fête internationale des droits de la femme pour dire qu’aujourd’hui malgré tout ce que nous sommes entrain de faire, d’accepter que le thème réponde aux attentes de la femme guinéenne que ce thème reflète les réalités que nous vivons, qu’il nous permet à nous femmes de résoudre certains problèmes que nous avons et que nous vivons au quotidien. »  

Entretien réalisé par Madeleine Kotus / madeleinekotus@guineerealite.info

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