Grève des enseignants/Accord de sortie de crise: « Seul Aboubacar Soumah pourrait ramener les enseignants à l’école…», selon un responsable d’école (Interview)

Depuis plusieurs semaines le secteur éducatif guinéen est paralysé par une grève générale et illimitée, déclenchée par le Slecg (Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée), dirigé par Aboubacar Soumah. Une situation qui affecte sérieusement les cours dans les différents établissements publics et privés du pays. Récemment, un protocole d’accord a été signé entre le gouvernement et certaines structures syndicales.  Absent à ces négociations, le Secrétaire général Soumah du Slecg affirme n’être pas concerné par cet accord et que la grève continue.  Comment ce protocole d’accord et son rejet par le Slecg de Soumah sont accueillis par les enseignants ? Pour s’enquérir davantage, notre reporter est allé à la rencontre de Monsieur Diallo Aboubacar Diari, alias Diallo Math, Directeur général du groupe scolaire FIDEL Castro, situé dans le quartier Dar-es-Salam, dans la commune de Ratoma, à Conakry.

Lire ci-dessous l’interview qu’il nous a accordée !

Quel regard portez-vous sur la grève qui paralyse le système éducatif et l’accord signé entre l’État et certaines structures syndicales de l’éducation qui ne seraient pas à l’origine de la grève ?

« Je pense que les négociations ne sont pas parties comme il le faut. Parce que l’État n’a pas négocié avec la  structure qui a déclenché la grève. Aboubacar Soumah est le secrétaire général du Slecg reconnu par les enseignants. C’est lui qui a déclenché la grève avec sa structure, mais il a été écarté. Ils ont tenté de négocier avec d’autres structures syndicales et les enseignants estiment que seul Aboubacar Soumah pourrait les ramener à l’école. Donc je pense que le mieux serait que le gouvernement et le Slecg, chacun puisse mettre de l’eau dans son vin (…) Ils doivent tous savoir que dans cette affaire, c’est la Guinée qui gagne, c’est la formation des enfants que nous devons mettre en priorité pour que ceux qui doivent représenter le pays soient bien formés. »

Quelle solution de sortie de crise préconisez-vous ?

« Ce que je pourrais proposer à l’État, c’est d’appeler monsieur Soumah avec sa structure autour de la table de négociation, lui proposer ce qui serait possible, parce que à l’impossible nul n’est tenu. Le Slecg, les enseignants qu’ils sont, ils ont demandé un montant comme salaire. L’État, à son tour, doit analyser pour voir ce qui est possible afin de mettre cela à l’approbation de la structure syndicale pour qu’ensemble ils puissent trouver un terrain d’entente dans l’intérêt de tous. »

Actuellement, plusieurs structures syndicales revendiquent la paternité du combat syndical au nom des enseignants. Que faut-il pour mettre un terme à cette cacophonie ?

« Les structures syndicales sont devenues plurielles dans ce pays. Ce qui fait qu’elles sont affaiblies, parce qu’il y a le pour et le contre de cette grève. D’abord ces trois structures syndicales n’ont pas la même façon de voir les choses. Mais ce qui est important ici, c’est de savoir que seul Aboubacar Soumah pourrait ramener les enseignants à l’école. Ce n’est pas la facilité que l’État doit voir mais plutôt ce qui pourrait mettre fin de façon définitive à cette grève. Aujourd’hui le combat de Soumah, c’est l’intérêt des milliers d’enseignants qui forment nos jeunes élèves. Donc par rapport à cela nous devons savoir que Soumah est accompagné par plus de 95% des enseignants en République de Guinée. »

Dans l’espoir  d’étouffer la grève du Slecg, l’État guinéen aurait opté pour le gel des salaires, histoire de contraindre les enseignants à rejoindre les salles de classesEst-ce la bonne solution, selon vous ?

« Ça rend les enseignants plus furieux; ils sont devenus aujourd’hui plus décidés qu’avant, puisqu’au lieu que l’État cherche à trouver une solution idoine aux problèmes des enseignants, il est en train de geler leurs salaires. L’argent que les uns et autres doivent utiliser pour payer les factures et autres dépenses à la maison. C’est surtout leur droit, bien entendu (…) On dit souvent que ce n’est pas le travailleur qui est payé, mais plutôt le travail. Nonobstant, ils sont fonctionnaires de l’État. Ce gel des salaires ne résout pas le problème. Il faut mettre à disposition leurs salaires et continuer à négocier. Pourquoi ne pas faire une proposition ? Quoi qu’il en soit, il y a des calculs que l’État doit faire pour dire ce qu’il peut faire. Il ne doit pas donner un chiffre qu’il veut, il doit plutôt donner un chiffre qu’il pourra.»

Quel est l’impact de cette grève sur votre établissement ?

« Cette grève a eu beaucoup d’impacts sur les élèves des écoles privées en général, plus particulièrement mon école (le groupe scolaire Fidel Castro). Habituellement je paie le personnel enseignant entre le 20 et 25 de chaque mois. Mais pour le mois de janvier dernier, nous n’avons pu payer le premier travailleur que le 29 du mois. C’est dans les bas quartiers, au jour au jour, que les parents vivent aussi. Ce n’est pas les écoles où on paye par trimestre ou par semestre. Après le paiement des trois premiers mois, les parents font des paiements mensuels. Qu’à cela ne tienne, quand il y a la grève, la plupart des parents ont peur de laisser les enfants aller à l’école (…) Nous souffrons énormément de cette grève. »

Que pensez-vous de l’éducation guinéenne aujourd’hui ?

« Le système éducatif guinéen est bafoué, ça ne va pas du tout. Nous qui sommes aujourd’hui des formateurs nous savons comment les grands enseignants nous ont formés. L’actuel ministre de l’éducation ne dira pas le contraire. Monsieur Mory Sangaré fut professeur de chimie au Lycée de Pita. Il connaît la rigueur qui existait (…) Comment on travaillait avec lui. Il faut se remettre en cause, du ministre au dernier enseignant du pays. Nous devons changer de méthode de travail. L’autre aspect, c’est que les parents d’élèves ont démissionné, tout commence à l’école et finit ici. Aucun sérieux ne se fait à la maison (…) Ce qui fait que l’école guinéenne souffre aussi beaucoup. »

Qu’avez-vous à rajouter pour clore notre entretien, Monsieur Diallo ?

« Je demanderais au gouvernement du Professeur Alpha Condé d’appeler le Slecg de M. Soumah Aboubacar autour de la table de négociation, de s’entendre avec lui pour que les enseignants reprennent le chemin de l’école pour tous les guinéens. »

   Madiba Kaba / madibak@guineerealite.info

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