« Laisser le président Condé changer notre constitution, c’est de donner l’autorisation à tous ceux qui viendront après lui », dixit l’activiste  Alpha Amadou Barry (Interview)

La diaspora guinéenne suit de près la situation sociopolitique du pays. Alpha Amadou Barry, activiste de la société civile, militant des droits de l’homme et membre actif de l’antenne FNDC à New York a bien voulu nous faire partager sa lecture de la crise que traverse la Guinée. Au cours de notre interview, au-delà des dénonciations, M. Barry a également appelé le peuple de Guinée à la vigilance pour ne pas tomber dans les « manœuvres » divisionnistes du pouvoir en place. Lisez son interview !

  Quelle lecture faites-vous de la crise sociopolitique guinéenne actuelle ?

« Ma lecture de la crise sociopolitique guinéenne s’inscrit dans diverses directions. Si nous prenons la première direction que j’envisage pour résoudre cette crise (…) C’est d’abord faire chuter Alpha Condé par tous les moyens possibles car, il constitue l’obstacle et le problème de la Guinée aujourd’hui. Tant qu’il est à la tête de l’État guinéen, on trouvera pas de solutions (…) »

Faire quitter Alpha Condé alors que son mandat n’est pas encore fini ? Comment s’y prendre, Monsieur Barry ?

« Je ne sais pas sur quelle loi vous vous basez pour dire que le président Alpha Condé est légal (…) Pour moi, juridiquement, en partant de la constitution du 7 mai 2010, Monsieur Alpha Condé, à partir de son discours du 19 décembre 2019 portant sur l’adoption d’une nouvelle constitution, s’est engagé dans un parjure, d’après la constitution qui lui a permis d’être élu président de la République et que lui-même qualifie aujourd’hui d’insuffisante… Donc, à partir de cette date, Monsieur Alpha Condé n’a plus la légitimité de diriger le pays (…) Il est devenu un simple citoyen et non un président de la République (…) »

Est-ce que le départ du président Condé suffira pour résoudre le problème guinéen ?

« Ça c’est le premier pas (…) Ensuite, il faut mettre en place une structure transitoire qui sera chargée de diriger un comité de dialogue devant évacuer toutes les différentes revendications. Et au sortir former un gouvernement d’union nationale qui va regrouper toutes les entités à savoir : les acteurs socio-politiques, les militaires, bref toutes les composantes de la nation. La mission de cette structure sera d’organiser des élections présidentielles et aucun membre de ce gouvernement ne sera candidat à plus forte raison présenter un candidat à ces élections. Ça sera la formule. »

Quels sont les moyens que vous envisagez pour faire adhérer tout le monde à votre démarche ?

« C’est à travers les manifestations que le FNDC organise sur l’ensemble du territoire, auxquelles tout le peuple de Guinée adhère. Nous sommes tous convaincus aujourd’hui que le projet machiavélique que le président Alpha Condé veut nous imposer, même au sein de son parti (le RPG Arc-en-ciel), ce n’est pas tout le monde qui est favorable à ce fameux projet. Mais par souci de préserver les avantages et autres, ces gens préfèrent se taire (…) Quand je prend la CODENOC qui défend aujourd’hui le projet de nouvelle constitution, pour mobiliser une dizaine de personnes, elle est obligée de débloquer de l’argent, utiliser les véhicules de l’État pour transporter les gens, chose que le FNDC ne fera jamais. C’est pour vous dire que le FNDC est un état d’esprit. »

Les grands partis de l’opposition guinéenne ont décidé de ne pas participer aux législatives du 16 février prochain. Qu’en pensez-vous ?

« En tant qu’observateur, il faut être de mauvaise foi pour dire qu’il est possible d’organiser des élections dans des conditions que tout le monde connaît aujourd’hui (…) Pour rappel, avec la crise au sein de la CENI qui se résume par le manque de confiance entre les commissaires. Une mission d’audit internationale a fait des recommandations notamment sur le fichier électoral. Malheureusement, ces recommandations n’ont pas été suivies par la CENI dirigée par Me Salif Kebé. A côté de cela, nous savons qu’avant le départ de Monsieur Alpha Condé pour les États-Unis, la CENI avait programmé les législatives pour le 28 décembre, parce que Monsieur Alpha Condé l’a exigé. Donc, cela prouve à suffisance que nous avons une CENI qui n’est pas indépendante et qui est totalement inféodée à l’Exécutif. Lorsque les commissaires représentants de l’opposition se sont retirés du processus électoral en cours pour des raisons que nous connaissons tous. Après consultations et médiation, ces commissaires ont accepté de revenir sur leur décision. Et une plénière a eu lieu entre les commissaires de la CENI, au cours de laquelle il a été décidé de procéder à la révision du fichier électoral. Selon la loi, chaque année, le fichier doit être révisé du 1er octobre au 31 décembre (…) cela ne fut pas le cas. Et pour faire ce travail, il faut 90 jours. Au lieu de 90 jours, ils ont ramené à 25 jours. Mais le constat est que, sur toute l’étendue du territoire national voire même à l’étranger, les opérations de recensement n’ont pas démarré à la date indiquée (…) Avec tout ce que le peuple a vécu, le président de la CENI a dit haut et fort que la CENI avait prévu 3 000 000 de récépissés alors que le corps électoral existant, c’est 6 000 000. Donc de 6 000 000 on envisage de donner un récépissé de 3 000 000, d’où le dysfonctionnement, le manque d’honnêteté, de neutralité du président de la CENI. On a également constaté dans certaines régions du pays, même des bébés ont été recensés (…) Et pire, dans la plus part des fiefs de l’opposition les machines déployées ne fonctionnaient pas bien. Quand une ou deux personnes se font enregistrer, la machine s’éteint automatiquement (…) C’est une marginalisation totale. La CENI qui est chargée d’organiser les élections en République de Guinée, elle n’est pas crédible. Je suis d’accord avec l’opposition, on ne peut pas aller à des élections avec tous les dysfonctionnements là. »

Selon vous, qu’est ce qui pourrait expliquer les tueries sur l’axe Hamdalaye-Bambéto-Cosa-Kagbèlen ?

« Nous connaissons tous la politique machiavélique de Monsieur Alpha Condé. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, Monsieur Alpha Condé a toujours cherché à diviser la Guinée. Il a dit officiellement que la Guinée c’est trois contre un, c’est-à-dire la Basse Guinée, la Haute Guinée et la Guinée Forestière contre la Moyenne Guinée. Et que la présidence de la République doit être gérée par la Haute Guinée, La primature par la Basse Guinée et l’Assemblée nationale par la Guinée Forestière. Alpha Condé a toujours inscrit sa gouvernance politique dans cette direction. En ce qui concerne les tueries sur l’axe du mal, selon certains cadres du RPG, ce sont des tueries préparées, préméditées et organisées par Monsieur Alpha Condé lui-même, avec la complicité de Sékou Souapé Kourouma, du général Ansoumane Camara Baffoé, du général Namory Keita encore du général Ibrahima Baldé (…) Parce que les gens qu’on tue ne sont pas armés. Ce sont des civils qui n’exercent que leur droit. Pour mettre fin à ces tueries dans la commune de Ratoma, particulière sur l’axe, d’abord je demanderais à la communauté peule d’arrêter de se victimiser, de pleurnicher. Il est temps de s’organiser pour se défendre face à ces assassins, face à la haine politique de Monsieur Alpha Condé. Trop c’est trop ! J’invite les Guinéens à la vigilance. Le problème de la Guinée, ce n’est ni peul, ni malinké, c’est Monsieur Alpha Condé et son clan. Ne tombons pas dans leur piège (…) »

Par rapport à l’appel de la résistance citoyenne du FNDC, quel message avez-vous à l’endroit du peuple de Guinée ?

« Le peuple de Guinée qui a eu le courage et la détermination pour dire Non au général De Gaule, est un grand peuple (…) L’objectif du FNDC c’est de faire respecter la constitution guinéenne, on n’est pas contre une personne ou un individu. On n’est non plus contre la personne de Monsieur Alpha Condé en tant que citoyen guinéen. Mais nous sommes contre qu’on tripatouille notre constitution, nous sommes contre toutes formes de violation des lois de la République. Laisser Monsieur Alpha Condé changer notre constitution, c’est de donner l’autorisation à tous les autres qui viendront après lui. On ne doit pas accepter cela mes chers compatriotes. L’heure est grave au point qu’il faut intensifier les actions pour empêcher le projet satanique de présidence à vie en République de Guinée. »

Madiba Kaba / madibak@guineerealite.info

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Lansana Kouyaté sur l’incendie à la Casse: « Cet acte à la fois crapuleux et dangereux, vise à fragiliser l’unité de notre nation »

jeu Jan 23 , 2020
Share on Facebook Tweet it Email Share on Facebook Tweet it Email Vingt quatre heures après l’incendie de plusieurs véhicules à la Casse, située au grand marché Madina, à Conakry, le leader du Parti de l’Espoir pour le Développement National (PEDN) a vigoureusement condamné l’acte.  Dans une vidéo postée dans […]
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com