Débats d’intérêt national: pourquoi c’est d’abord à la presse étrangère que le prof Alpha Condé donne l’exclusivité ?

Dans un climat tendu et où les esprits s’échauffent à la seule évocation de la limite de mandats constitutionnels, au grand dam de la presse nationale, le Président de la République s’est confié à celle sénégalaise. Accueillant nos confrères sénégalais dans son palais, le Chef de l’État, garant des institutions, s’est prononcé sur le projet satanique d’éventuelle modification ou de proposition par voie référendaire d’une nouvelle constitution.

Après cette interview, deuxième sortie sur ce sujet brûlant qui continue d’alimenter les débats tant à Conakry qu’à l’étranger, le numéro un guinéen qui est en visite d’Etat et d’amitié de 72h à Abidjan, a encore joué la carte populaire « Il y a un débat en Guinée. Moi j’observe (…), ce qui est évident c’est que le peuple guinéen est un peuple souverain, (…) qu’on ne peut pas empêcher le peuple de s’exprimer s’il le souhaite », a-t-il déclaré au terme de l’audience que lui a accordé son homologue, le président Alhassane Dramane Ouattara , ADO communément appelé des initiales de son nom.

Mépris pour la presse guinéenne. Pourquoi le choix de l’étranger pour évoquer des sujets aussi importants qu’est l’avenir de la nation ? Le président Alpha Condé accorde-t-il de l’importance à cette presse ? Pourtant c’est cette même presse qui lui a soutenu à des moments difficiles, notamment pendant toute la période de son incarcération à la maison centrale de Conakry sous général Lansana Conté. Curieusement, le président Condé a toujours donné l’exclusivité aux médias étrangers au détriment des siens pour se prononcer sur des sujets d’intérêt national qui devraient normalement être traitées par la presse locale. De Paris à Abidjan en passant par Ouagadougou et Dakar, depuis son arrivée au pouvoir en 2010, Alpha Condé a préféré les médias de ces pays pour parler de la Guinée. Une situation devenue récurrente et devrait faire réaliser la presse guinéenne du mépris dont elle fait l’objet de la part du président.

Pourtant, la Guinée dispose de grands journalistes professionnels qui attirent l’admiration de ceux-là qui font aujourd’hui l’objet de toute convoitise. Ils sont légion tant au nombre de disparus et que des vivants, et d’emblée, la liste ne serait pas exhaustive : feux Aboubacar Kanté, Doyen Pathé Diallo, Kabinet Kouyaté, Akass Sylla, Abdoulaye Camara -qu’ils reposent en paix-; et, Mamadi Condé, Boubacar Yacine Diallo, Gaoussou Diaby, Cheick Fantamady Condé, Mamadouba Diabaté, Souleymane Diallo, Alpha Kabinet Doumbouyah, Fodé Tass Sylla, Ben Daouda Sylla, Odilon Théa, Amadou Diallo de la BBC… Une floraison de talents et pétris d’expérience professionnelle et veillant sur la jeune génération.

Une nouvelle génération de journalistes qui, malgré tout, fait aujourd’hui la fierté de notre corporation. La presse guinéenne a une histoire qui constitue, une source d’inspiration dans la sous-région. A ce titre, nous méritons respect et considération pour notre travail professionnel. Il faut que cette presse se fasse respecter !

De cette visite d’Abidjan, loin d’être anodine, il y a un fait qui interpelle, celui de la ressemblance troublante de leur démarche à l’orée de la présidentielle de 2020. Le conseiller politique et le conseiller économique comme ils s’appellent fièrement l’un l’autre, jaugent toujours…

Thierno Oumar Diawara, journaliste et PDG du groupe Sud Média Guinée

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