« L’urgence climatique, l’urgence de s’occuper des migrants, c’est le même combat, c’est la même lutte » réaction de Mme. Céleste MOUGET, porte-parole de l’Association Utopia 56 Tours en France (Interview)

Sur la photo, au milieu, Mme. Céleste MOUGET, porte-parole de l'Association Utopia 56 Tours - France

La ville de Tours a enregistré samedi 16 mars 2019, une manifestation de rue à l’initiative de Utopia 56. Le mouvement est parti de la préfecture à la place Jean Jaurès au centre-ville. Crée en juillet 2017 dans la  jungle de Calais, cette association défend les intérêts des migrants mineurs isolés sur le territoire français. La porte-parole de Utopia 56, Mme. Céleste MOUGET a bien voulu accorder une entrevue à bâton rompu à votre quotidien en ligne pour parler entre autres, des conditions de vie de ces mineurs isolés.

Quelle est la mission de l’Association Utopia 56 ?

« Utopia 56 Tours, est une Association qui s’occupe des mineurs isolés qui sont à la rue, parce qu’ils ne sont pris en charge par le département. En fait, ce sont les mineurs qui se présentent à l’Aide Sociale à l’Enfance pour être reconnus mineurs. Certains le sont, en ce moment ils sont pris en charge. Et ceux qui ne sont pas reconnus mineurs lancent un recours pour accéder à leurs droits en tant que mineurs. Une fois ce recours lancé, ils se retrouvent remis à la rue par le conseil départemental, sans solution de logement, sans solution pour se nourrir, sans solution pour la santé et sans solution pour la scolarité. Donc, nous (Utopia 56 Tours), on pallie au manquement de l’Etat et on essaye de leur donner un accueil décent ».

Quels sont vos rapports avec les autorités compétentes dans l’exécution de votre projet ?

« Nos rapports sont pas très bons puisque les autorités administratives ne font pas leur travail actuellement. Donc, nous, on est là pour les rappeler, parce qu’en tant que citoyen, nous on est émus par le fait que les jeunes se retrouvent dans la rue. On est complètement contre ça. Aujourd’hui on manifeste particulièrement parce qu’un collectif de citoyens a réquisitionné un bâtiment qui s’appelle le plan B, donc qui permet de loger des jeunes qui sont en recours et qui n’ont pas de solution de logements par les autorités compétentes. Donc, on a ouvert cette réquisition et les jeunes là sont menacés d’expulsion depuis mercredi 15 mars courant. Menacés d’expulsion d’accord, mais quelles sont les solutions ensuite pour le relogement de ces jeunes ? Nous sommes contre que ces jeunes soient remis dans la rue. Donc, nous attendons des solutions ».

Déjà deux ans d’existence, quel regard portez-vous sur les actions réalisées ?

« Le bilan de l’Association, c’est qu’on ne lâche rien, on continue. C’est une activité qui est bénévole. Donc, c’est compliqué. On a tous un travail à côté. On a tous beaucoup de choses à faire dans nos vies. Mais on essaye de consacrer le maximum de temps à ces jeunes. Mais comme c’est pas notre métier et comme on a pas de formation comme les éducateurs, c’est compliqué. On fait le travail quand même et qu’on a pas prévu de s’arrêter. Récemment on a eu des petites victoires. On a amené le conseil départemental au tribunal plusieurs fois, puisque les jeunes qui ont un rendez-vous pour leur évaluation sont obligatoirement mis à l’abris par le département entre le moment où ils arrivent et leur évaluation. Et nous, on a fait des référés au tribunal pour dire que c’était pas le cas et on a gagné, puisque le conseil départemental a été condamné déjà deux fois à appliquer la loi. C’est-à-dire à mettre à l’abri les jeunes qui sont en attente de leurs évaluations. Malheureusement, cette victoire là, elle a un goût amer, puisque derrière, les jeunes sont à l’abri mais en fait ils sont évalués beaucoup plus rapidement. Donc, on demande l’arrêt des tests osseux pour reconnaitre l’âge de ces mineurs qui se présentent. C’est une pratique de toute façon qui ne fonctionne pas. Il y a des marges d’erreurs qui sont énormes. Nous on ne tolère pas cette pratique là, on la dénonce. On invite tous les médecins, on les encourage à refuser de pratiquer ces tests. On continue le combat jusqu’à ce qu’il y a des solutions de logements, donc, un accueil décent pour ces jeunes qui arrivent dans un pays des droits de l’homme, rappelons-le, c’est quand même important ».

Après la lecture de votre mémorandum à la préfecture, quelle a été la réaction des autorités ?

« Pour l’instant, aucune. Les autorités globalement nous ignorent. Et voilà on fait avec, c’est pas grave. Nous on attend une réponse positive de leur part. On est prêts à un moment donné de les rencontrer, à discuter de la situation, à voir ce qui est possible de faire. Les autorités touchent quand même des aides pour accueillir ces jeunes-là. On ne sait pas tellement ce qu’elles en font ? Il ya beaucoup de jeunes dans la rue. C’est insupportable. On envoie régulièrement des courriers aux autorités. Que ça soit à la préfecture ou au conseil départemental pour leur faire part de nos mécontentements et nos observations. La réaction, elle est pour l’instant assez nulle ».

Au delà du mouvement de ce samedi, qu’est-ce que vous prévoyez dans le futur ?

« On va continuer à nous faire entendre dans la rue, dans l’espace public pour que les citoyens autour de nous, prennent conscience de ce qu’il se passe. Il y a énormément de jeunes qui sont dans la rue. Les citoyens ne se rendent pas compte forcément de la situation. Vous voyez, ils sont là, ces jeunes. Et nous souhaitons qu’ils soient intégrés, trouver une vie meilleure qu’ils sont venus chercher ici. Et pour ça, c’est pas si compliqué au fait. Il suffit simplement de les insérer, de les amener à l’école, de leur trouver un toit. Avoir des éducateurs pour les accompagner. Certains ont eu des parcours traumatiques, donc, ils ont besoin d’un accompagnement psychologique. Il faut qu’on le gère. C’est pas seulement à nous, citoyens bénévoles solidaires de gérer ça ».

En attendant que vos revendications ne soient prises en compte par les autorités compétentes, quels sont les moyens que vous disposez pour aider ces jeunes ?

« Nos moyens sont ce que les citoyens solidaires nous donnent. C’est-à-dire, on lance des cagnottes, on fait régulièrement des appels à dons ciblés: des vêtements chauds, quand c’est l’hiver, de la nourriture, quand on est en manque. Tous les jours on a un local où on nourrit une quarantaine de jeunes, de 18h à 20h. Il ya une autre structure sociale (des jeunes maris) qui leur donne à manger à midi, tous les jours et nous on prend le relais pour que ces jeunes puissent manger le soir également. Aujourd’hui on a des luttes qui sont communes. L’urgence climatique, l’urgence de s’occuper des migrants et de l’accueil décent, c’est le même combat, c’est la même lutte. Donc, à un moment donné, on aimerait tous que l’argent public soit utilisé autrement. pour moi cet accueil des migrants il est complètement lié avec le fait de régler cette urgence climatique ».

 

Entretien réalisé par Thierno Oumar Diawara

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