Conakry: l’image de kaporo-rails après la démolition sauvage

Comme un ouragan qui ravage tout sur son passage, les bulldozers n’épargnent aucune concession cochée par le Ministère de la ville et de l’aménagement du territoire. Kaporo-rails, ce quartier a disparu et ne fait penser à aucune âme qui y vivait. Spectacle affreux, insoutenable , témoignage d’une certaine insouciance à l’égard des administrés. La belle étoile est aujourd’hui le logement naturel de nombre de familles ne sachant à quel saint se vouer, comme il ne faut désespérer de la bonté divine, quelques campagnes de solidarité s’activent quoique dérisoire.

Le désespoir en l’humain, que disons-nous, dans les gouvernants, est réel. C’est comme si le monde s’est arrêté pour Saidou Diallo et sa famille. « Y’a les gens qui sont malades à cause de ça. Les enfants ne vont pas à l’école. Donc nous n’arrivons pas encore à retrouver le cours normal de notre vie. Tout a été impacté », a déclaré ce citoyen guinéen, manquant de ce fait de toute perspective. Dieu, le recours ultime !

Des milliers de familles qui se disent détentrices des documents légaux ou dont l’installation était de la commune par ce qu’ils étaient soumis à un paiement, ont vu leurs maisons démolies et vivent actuellement à la belle étoile. Un véritable cauchemar, une insoutenable situation que le Président de la République compte poursuivre, dit-il, « sans état d’âme ». Si pareille détermination pouvait être orientée ailleurs…Bon sang !

« Nous sommes des citoyens qui se sont installés légalement. C’est notre (…?…) qui vient nous mettre dehors comme ça sans aucune mesure d’accompagnement » poursuit-il, anéanti.

Comme Saidou, nombre sont ceux qui sont partagés entre colère et déception à kaporo-rails. C’est le cas de Mamadou Bah, orphelin de père et de mère. Cela glace le sang. «Je suis avec mes frères et sœurs. J’avais des logements ici aussi. Notre père est décédé, notre maman est décédée, c’est avec les logements-là qu’on soutenait la famille, maintenant cela est parti » soutient cet autre citoyen, inconsolable, lui aussi.

La dimension humaine ou humanitaire de cette opération dont on peine à comprendre l’urgence, ne devrait pas échapper aux Autorités. Aujourd’hui, ce jeune orphelin ne sait plus à quel saint se vouer, après avoir perdu ce qu’il appelle son héritage. « Aujourd’hui je vis avec le désespoir. C’est ce que papa a laissé, tout ce qu’il a cherché dans sa vie »

Sans risque de se tromper, kaporo-rails présente aujourd’hui l’image d’un site dévasté par de nombreuses années de guerre intenses. Plus d’espoir pour sa jeunesse, témoigne Böbö Djinna du groupe Bounkaya faya qui est aussi victime. « On n’a perdu l’image de kaporo-rails en réalité. On n’a tout perdu. Donc à l’heure-là, kaporo-rails est devenu un lieu impénétrable », se désole, ce jeune rappeur.

En attendant donc de voir le beau temps, ce rappeur lance un message à toutes les victimes de kaporo-rails. « Tout ce que j’ai à dire aux habitants de kaporo-rails, aux victimes c’est de patienter. On n’a pas le choix ».

Après 1997-1998, kaporo-rails paye les frais pour la deuxième fois. De nombreuses voix se sont levées pour dénoncer un acte inhumain. Opération de démolition engagée sans mesures d’accompagnement préalables.

Pour la Rédaction du groupe Sud Média Guinée (Ibrahima Djikinè)

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