» Alpha Condé cherche à anéantir la démocratie  » a dénoncé le président du parti Alliance des Forces Démocratiques (Interview)

La gestion du président Alpha Condé est suivie à la loupe par l’Alliance des Forces Démocratiques, AFD. Le président de ce parti politique a bien voulu en parler à la rédaction du groupe Sud Média Guinée. Dans une interview qu’il nous a accordé, Monsieur Alpha Saliou Wann a passé en revue tous les sujets brulants de l’actualité politico-économique et sociale de la Guinée. Lisez plutôt !

 Groupe Sud Média Guinée: En tant que leader politique, quel regard portez vous sur le paysage politique Guinéen ?

Alpha Saliou Wann: Bon, ce qui caractérise la politique en Guinée, c’est l’absence des valeurs démocratiques. Nous n’évoluons pas dans un environnement républicain, c’est à dire, il faut que tous les acteurs acceptent les principes et valeurs de la démocratie et de l’Etat de droit.

C’est très important, sinon ça sera un perpétuel recommencement. Il ne s’agit pas de clamer une profession de foi, il faut y croire profondément et agir dans les faits de manière démocratique. Alpha Condé est le mauvais exemple de l’opposant qu’on croyait démocrate et qui se trouve être un autocrate qui ne croit en rien.

 GSM-G: En dépit de tout, Alpha Condé aurait réussit quand même  à anéantir ses adversaires politiques, n’est ce pas Monsieur Wann ?

ASW: Il (Alpha Condé) cherche plutôt à anéantir la démocratie. Une opposition forte et crédible est nécessaire dans nos pays. Un chef d’Etat doit se fixer pour objectif de remplir correctement ses charges, mettre en œuvre son programme qui doit être son argument concret contre ses adversaires politiques. La politique politicienne n’a jamais construit un pays. Il ne sera pas jugé sur la base des ralliements de ses anciens opposants, mais par rapport à la satisfaction des besoins de ses compatriotes, la lutte constante contre la pauvreté et donc créer une meilleure qualité de vie pour les Guinéens.

GSM-G: A vous attendre, vous n’avez pas confiance en la capacité de l’opposition guinéenne qui aurait failli à sa mission ?

ASW: Non pas du tout, d’autant plus que j’en fais partie. Il n’y a pas de démocratie sans démocrates. Or, notre problème est qu’Alpha Condé n’est pas un démocrate, malheureusement il exerce un pouvoir absolu, en domestiquant toutes les institutions républicaines et les forces de sécurité.

Il n’y a pas de contre-pouvoir dans le pays pour s’opposer à lui, autres que les partis politiques qui sont soumis aux feux croisés de la puissante machine à propagande du pouvoir et des médias à son service. Ils ont favorisé la précarité dans le pays pour soumettre tous ceux qui s’opposent à leur mal gouvernance, nous sommes dans l’INAPTOCRATIE un nouveau concept créé par cet intellectuel français qui vient de nous quitter Jean d’Ormesson.

GSM-G: Bientôt 8 ans au pouvoir, que pensez vous de la gestion du président Condé ?

ASW: Je pense que les Guinéens savent désormais que les promesses sans lendemain ne nourrissent pas. Il a aggravé dangereusement la situation de notre pays. Le déclin est profond, l’inquiétant enracinement des mauvaises pratiques hypothèque toutes les perspectives d’un développement cohérent du pays.. Il a trahi la confiance de ses partisans qui croyaient tellement en lui, ainsi que les Guinéens qui espéraient un changement en bien de la réalité nationale.

GSM-G: Quelle lecture faites vous sur la « vente » du port conventionnel de Conakry, un sujet qui alimente les débats en Guinée ?

 ASW: J’ai beaucoup parlé de cette affaire. La clé de la réussite d’un pays reste le respect des lois du pays, sans respect du droit, c’est l’anarchie, la porte ouverte à tous les abus. Dans ce dossier précis, Alpha Condé a violé, comme à son habitude, de bout en bout toutes les lois qui s’appliquent sur cette affaire. Il a attribué le port conventionnel en violation du code des marchés publics, et à l’insu du conseil des ministres.

Le conseil d’administration du PAC n’a pas été saisi, il faut rappeler que la directrice générale seule ne peut pas engager le PAC sans son aval. En refusant de publier le contrat dans le journal officiel de la République, il viole aussi la loi L2010/004/CNT du 24 novembre 2010 portant sur le droit d’accès à l’information publique.

Il nous accuse de désinformation, mais refuse obstinément de publier ce fameux contrat pour que les Guinéens vérifient par eux-mêmes qui dit vrai ou pas. Contrairement à ce qu’ils affirment, les Turcs ne viennent pas avec des capitaux frais, mais tous les prétendus investissements dont ils nous parlent seront générés par l’exploitation du port. En outre, depuis au moins deux ans la modernisation du port est en cours et un contrat d’extension est signé avec la société chinoise CHEC. Qu’ils publient le contrat, ça permettra aux Guinéens de découvrir le bradage d’un outil économique stratégique par une administration corrompue.

GSM-G: Selon vous, ce contrat doit être tout simplement annulé pour l’intérêt de la Nation ?

ASW: Évidemment, dès lors que le code des marchés publics est violé, il faut l’annuler avant même d’étudier le fond. Maintenant, l’argument de modernisation du port avec apport des capitaux pour investir ne tient pas non plus, parce que Albayrak ou pas, l’exploitation du port génère des revenus qui permettent des investissements sans que l’Etat n’intervienne financièrement.

Le port n’est pas un gouffre financier pour l’Etat, bien au contraire. De plus, l’argument sur la comparaison avec les ports d’Abidjan et de Dakar ne tient pas aussi, les économies de ces deux pays sont plus fortes que la nôtre, donc il est normal que les quantités de marchandises (importations et exportations) qui sont traitées par leurs ports respectifs dépassent celles du PAC.

La dégradation de nos routes ne permet même pas qu’on profite de l’avantage de la distance pour capter le transit des marchandises maliennes. Aucun pays de la sous-région n’a cédé son port conventionnel, c’est une preuve de notre incapacité à nommer des managers compétents pour gérer avec efficacité notre port. C’est Alpha Condé qui nomme des gestionnaires médiocres, c’est lui qui est responsable de la situation peu enviable de nos entreprises publiques.

 GSM-G: Monsieur Wann, le PM Kassory Fofana vient de fêter avec « faste » ses 100 jours à la tête du gouvernement. Qu’en dites vous ?

ASW: Vous dites qu’il a fêté avec faste ses 100 jours, c’est tout dire. Que pouvons-nous attendre de lui que la dilapidation de nos maigres ressources dans des mamaya ? C’est la continuité dans la mal gouvernance, tout en demandant toujours des sacrifices supplémentaires aux pauvres populations martyrisées, paupérisées et pressurées jusqu’à la moelle des os. C’est dommage pour notre pays, ça fait 60 ans que ça dure et aucune perspective favorable ne pointe à l’horizon avec ces clans voraces et égoïstes.

C’est pas des critiques gratuites, les Guinéens vivent la misère au quotidien, ils mangent à peine un repas par jour. Lire ce ne sont pas des critiques…

 GSM-G: Vous êtes président de l’Alliance des Forces Démocratiques AFD, serez vous candidat pour la prochaine élection présidentielle en Guinée ?

 ASW: Parlons d’abord des élections législatives prochaines. C’est notre objectif pour le moment. Le parlement est très important, nous allons travailler dur pour montrer à nos compatriotes, ce que peuvent faire des députés. Tout dépend de la qualité des hommes et femmes et de leur détermination à faire correctement leur travail. La Constitution donne des pouvoirs au parlement, il faut les utiliser efficacement et ne pas se laisser domestiquer par l’Exécutif.

Par exemple dans cette affaire du port, il suffit de 12 députés pour saisir la Cour constitutionnelle pour dire le droit.

Les députés peuvent saisir tout ministre pour toute situation relevant de ses prérogatives dans les séances de questions orales ou écrites. Avec la loi organique relative aux lois de finances, le parlement a gagné plus de responsabilités dans le processus budgétaire etc.

Il est de votre responsabilité de voter pour les partis qui ont de vrais projets législatifs et qui sont déterminés à proposer des réformes.

GSM-G: Et justement, face à certains sujets d’intérêt national, comment vous jugez l’attitude de l’assemblée nationale ?

ASW: Une chambre d’enregistrement. Ils suivent les événements en spectateurs blasés. C’est dommage. Les députés ont à peine cinq propositions de lois à leur actif durant toute la législature qui s’achève le 5 avril 2019.

Ça veut que la nouvelle assemblée doit s’installer impérativement le 5 avril prochain. Il faut lire 5 propositions de lois votées à leur actif…

GSM-G: Autre sujet de préoccupation, c’est aussi l’installation des sociétés minières dans la zone de Boké. Est ce que là aussi, les préalables ont été respecté à votre avis ?

 ASW: Tout a été fait dans l’opacité qui est la marque de fabrique de la gestion Alpha Condé. Les Chinois exploitent la zone sans aucun respect des normes environnementales, c’est une vraie catastrophe écologique. C’est pour cette raison que la Malaisie avait suspendu leur exploitation de bauxite pour dégradation poussée de l’environnement en 2014. Nous sommes à plus de 50 millions de tonnes de bauxite par ans, mais en contrepartie, la Guinée n’a que des miettes. En 2017, l’ensemble du secteur minier ( bauxite, or et diamants) nous a rapporté 300 millions de dollars. Montant ridicule comparé aux 513 millions de dollars que l’or seulement a rapporté au Mali en 2016. C’est minable.

Les dirigeants Guinéens sont égoïstes et médiocres. La bauxite guinéenne a rapporté à nos partenaires de CBG plus de 400 milliards de dollars et les Chinois vont multiplier ce montant. Nos dirigeants ont préféré vendre à vil prix nos mines pour quelques commissions qui ne représentent que des miettes au détriment de nos intérêts nationaux. Les dirigeants des pays du Golfe ont su mieux défendre leurs intérêts face aux multinationales.

Aujourd’hui, c’est Abou Dhabi qui ne possède pas un gramme de bauxite dans son territoire qui fait main basse sur une partie de la zone bauxitique de Boké avec la complicité de nos dirigeants. 60 ans après notre indépendance et d’exploitation minière, nous sommes incapables de créer des sociétés pour vendre au moins nous-mêmes notre bauxite aux multinationales spécialisées dans la production d’aluminium.

GSM-G: Et si Apha Condé se représentait pour briguer un autre mandat en 2020 ?

ASW: Pourquoi va-t-il se présenter alors que la Constitution l’en empêche ? Sans oublier que les Guinéens ont clairement exprimé leur volonté de limiter à deux mandats l’exercice du pouvoir présidentiel au CNDD. Le retour à cette disposition de la Constitution de 1990 votée à une très large majorité, faisait partie des principales revendications des forces vives lors de la transition. C’est un principe que nous n’accepterons pas la remise en cause pour satisfaire l’ambition personnelle d’un individu.

Je vous remercie.

Propos recueillis par la Rédaction du groupe Sud Média Guinée

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